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Observation des effets du changement climatique à Eeyou Istchee

20 juin, 2011

Des hivers plus chauds et plus pluvieux, de la glace plus mince qui se brise plus tôt au printemps, de nouvelles espèces d’oiseaux et d’animaux qui apparaissent à Eeyou Istchee : voici quelques-unes des observations recueillies par les 135 chasseurs et trappeurs cris qui ont pris part à deux séries d’ateliers sur le changement climatique en 2009 et en 2010. Ils livrent également un aperçu de ce qui peut survenir au cours des années à venir dans « Climate Change in Eeyou Istchee: Identification of Impacts and Adaptation Measures for the Cree Hunters, Trappers and Communities » (changement climatique à Eeyou Istchee : détermination des impacts et des mesures adaptatives pour les chasseurs, trappeurs et communautés cris). Le rapport est fondé sur ces réunions et a été rendu public ce printemps.

« Nous avons un peu entendu parler du changement climatique avant 2009 », déclare Thomas Coon, vice-président de l’Association des trappeurs cris (ATC) à Mistissini. « Nous savions que les Inuits étaient préoccupés par ce changement et qu’ils commençaient à faire leurs propres observations sur l’état de la glace dans l’Arctique et sur le comportement des mammifères marins, entre autres; tout cela nous a vraiment fait réfléchir ». Nous étions particulièrement préoccupés par l’augmentation des accidents sur la glace qui sont survenus essentiellement au printemps. « Nous pensions que les personnes qui vivent sur cette terre, les chasseurs et les trappeurs cris, pourraient avoir recueilli des observations sur le changement climatique, alors nous avons décidé de leur poser quelques questions ».

C’est de là qu’est venue l’idée des deux séries d’ateliers à Waskaganish, à Mistissini et à Whapmagoostui, organisées par l’ATC, l’Administration régionale crie et le Comité consultatif pour l’environnement de la Baie-James, et à partir de 2010, par le Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie James. « La communauté Crie nous a fait part de nombreuses observations très intéressantes, particulièrement les anciens », a indiqué Coon. Voici quelques-unes des 954 observations recueillies par les participants de l’atelier : changements de direction des vents dominants, présence accrue d’ours polaires à la baie, nouveaux arbres à Whapmagoostui et à Mistissini et population de lynx, de castors et de martres en déclin. Tous ces faits pourraient avoir une incidence sur la vie à Eeyou Itschee, entraînant un changement potentiel de vie des Cris sur la terre.

À partir de ces observations et des discussions ultérieures, les participants aux ateliers ont émis trois recommandations. Premièrement, il s’agit de créer des comités locaux sur le changement climatique, avec notamment des représentants des services locaux de sécurité publique et d’environnement, d’assumer la responsabilité de cerner les priorités de la communauté qu’il faut aborder par rapport aux effets du changement climatique, de se joindre à d’autres groupes effectuant des travaux similaires et d’effectuer un suivi pour s’assurer que les solutions au changement climatique sont mises en place, entre autres.

Deuxièmement, il faut mettre en œuvre des programmes de surveillance et comprendre les changements qui se produisent à Eeyou Istchee. Il s’agirait donc de collecter des données sur l’état de la glace et sur les conditions météorologiques, d’observer les changements qui surviennent dans l’activité de la faune et surveiller les principaux chemins de glace, entre autres. Le géoportail de l’ATC pour Eeyou Istchee pourrait s’avérer un excellent outil; il comporte maintenant une section sur le changement climatique [http://www.creegeoportal.ca/geoportal/index_climate_change.php] où les individus peuvent présenter leurs propres observations.

Troisièmement, lancer des programmes de sensibilisation à la sécurité et à la sûreté qui visent à informer la population des changements, souvent dangereux, causés par un réchauffement climatique. « Le programme de sensibilisation est très important, étant donné qu’au cours des cinq dernières années, Mistissini à elle seule a dénombré trois accidents graves sur la glace. Tous les trois concernaient des chasseurs expérimentés », déclare Coon. « Nous devons donc communiquer le message qu’il faut être très vigilant et redoubler de prudence, particulièrement à la fin du printemps. Nous devons trouver un moyen de partager nos résultats avec la communauté ».

Coon insiste également sur le fait que les jeunes Cris doivent se trouver au cœur de ces plans. « Les jeunes représentent le futur, il est donc très important qu’ils prennent part à ce projet », a déclaré Coon. « Nous envisageons de travailler avec les conseils des jeunes de différentes communautés pour que nos jeunes participent à la prochaine étape. C’est une priorité ».

Maintenant que le rapport est rendu public, l’ATC et les autres participants attendent des réponses, non seulement des trois communautés participantes, mais aussi des six autres communautés à Eeyou Istchee ainsi que des communautés autochtones provenant de tout le pays. « D’autres groupes se penchent également sur ces questions », déclare Coon. Les Inuits et d’autres communautés des Premières Nations ont recueilli leurs propres observations et produit leurs propres rapports. L’Institut de la fourrure du Canada, un groupe national qui comprend les trappeurs autochtones et autres envisage également de réaliser des études. « Nous communiquerons nos résultats à ces groupes et nous espérons qu’à leur tour, ils feront de même », déclare-t-il. « De nombreux membres des Premières Nations travaillent sur le changement climatique. Nous pourrons donc avoir d’excellents échanges qui nous permettront d’apprendre les uns des autres et de nous entraider ».

Bien sûr, le travail ne fait que commencer. La prochaine étape consiste à mettre en œuvre les recommandations. « Nous souhaitons une surveillance efficace du changement climatique local à Eeyou Itschee. Nous souhaitons établir un programme de sécurité pour en faire la promotion à l’ensemble de la communauté crie, lui faisant prendre conscience des questions en jeu. Nous souhaitons également que les six autres communautés qui n’ont pas pris part à l’étude originale participent », indique Coon. « Ces questions sont très importantes, alors nous devons nous assurer que tout le monde participe ».

Liens connexes : 
géoportail de l’ATC pour Eeyou Istchee [1]
Eyou Dipajimoon du Service du Nord de Radio-Canada : Report shows impact of climate change on Crees (Un rapport montre l’impact du changement climatique sur les Cris) [2]