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L’histoire est en train de se faire : Anna Reid, la présidente de l’AMC, se rend à Chisasibi

15 octobre, 2013
Bella M. Petawabano et Dr. Anna Reid à Chisasibi

« Ma présence à Chisasibi s’explique par le fait que l’Association médicale canadienne se préoccupe des facteurs qui rendent les personnes malades et des problèmes à l’origine d’une prestation inégale des soins de santé au Canada », a déclaré Dre Anna Reid, la présidente de l’Association médicale canadienne (AMC) en s’adressant à quelque 60 fournisseurs de soins de santé, dirigeants communautaires et autres personnes rassemblés à l’occasion du campement des aînés de Chisasibi. Sa visite inédite à Chisasibi le 11 juin marque la toute première visite d’Eeyou Istchee par un président de l’AMC, qui représente 80 000 médecins au Canada, et dénote, de la part de l’AMC et de la collectivité médicale, une sensibilisation croissante aux problèmes auxquels sont confrontées les communautés autochtones et nordiques. Dre Reid exerce à Yellowknife, dans les Territoires-du-Nord-Ouest, et elle connaît bien les défis que doivent relever les populations autochtones et leurs communautés.

L’événement organisé au campement des aînés se voulait un mélange des aspects de la vie traditionnelle et contemporaine des Cris : une tribune de partage d'information sur les soins de santé combinant un festin traditionnel à base de viande d’original, d’oie, de poissons et de bannique. Ce n’était certes pas prévu ainsi. Des problèmes mécaniques ont été à l’origine d’un retard de six heures de l’avion  qui transportaient Dre Reid et Laurent Marcoux, directeur des Services professionnels médicaux du Conseil cri de la santé (CCS) et fraîchement nommé président de l’Association médicale du Québec (AMQ), Normand Laberge, directeur général de l’AMQ, et Carole Deburggraeve, directrice associée, Mobilisation des membres, au sein de l’AMC. Par conséquent, Dre Darlene Kitty et la présidente du Conseil cri de la santé Bella Petawabano, organisant l’événement, ont délaissé le calendrier initialement prévu et concentré la tribune sur le festin.

Bien que Dre Reid n’ait pas eu droit à la visite complète de Chisasibi et de l’hôpital promise dans son itinéraire initial, le portrait global des défis et des réussites liés à la prestation des services de santé et des services sociaux à Eeyou Istchee lui a été fait. La tribune a commencé par des exposés de Daisy House, chef adjointe de Chisasibi, et de Reggie Bobbish, directeur du corps de police de l’Administration régionale crie (ARC), avant de laisser place à un spectacle de l’ensemble de tambours traditionnels Heart of the Land, suivi d’un copieux repas; les exposés reprisent ensuite avec un autre aperçu donné par la coordonnatrice des services sociaux Doris Bobbish, les médecins Michael Lefson et Darlene Kitty, et Lisa Petagumskum, directrice générale adjointe du Conseil cri de la santé, avant de se conclure par de brefs commentaires du Dr Laurent Marcoux, à la fois au nom du CCS et de l’AMQ.

Heart of the Land welcome Anna Reid to Chisasibi

Les orateurs ont insisté sur l’interaction entre les problèmes sociaux et les problèmes de santé. Soixante pour cent de la population de Chisasibi ont moins de 30 ans et cette communauté connaît une pénurie de plus de 400 logements, ce qui fait que de nombreuses personnes et jeunes familles ont de la difficulté à se trouver un toit. Cela se traduit par des logements surpeuplés et crée des conditions susceptibles d’exacerber les cas de violence familiale et sexuelle. Les problèmes de toxicomanie et de santé mentale font également partie de l’équation, et plusieurs orateurs ont mis en exergue la nécessité d’une réponse concertée de la part des organismes communautaires.   

Cependant, les personnes sont souvent réticentes à traiter des problèmes, en particulier ceux profondément ancrés dans des relations familiales dysfonctionnelles ou violentes. Une réponse à cela, aux dires des orateurs, pourrait se trouver dans le renouveau de la vie traditionnelle crie. « Nos communautés étaient accoutumées à régler leurs problèmes en recourant à des cérémonies traditionnelles, et non pas à des services sociaux », de dire Lisa Petagumskum, en mentionnant un renouveau lent mais certain de nombreuses activités traditionnelles. « Nous devons recréer dans nos services le sentiment de sécurité que ressentent les personnes lors de ces cérémonies ». 

Bien que les défis à relever puissent sembler de taille, les participants à la tribune ont exprimé leur optimisme. Comme l’a souligné le médecin de l’hôpital de Chisasibi Michael Lefson, nous avons constaté des changements positifs dans les soins de santé comme dans les modes de vie communautaire. « Cette évolution n’est pas forcément perceptible sur cinq ans, mais plus sur dix ou vingt ans. Nous sommes en retard par rapport à là où nous devrions être, mais les choses avancent. »

Cet événement a également été l’occasion de souligner un pas important dans la bonne direction : Dr Laurent Marcoux, qui a fait partie du Conseil cri de la santé pendant de nombreuses années, a été nommé président de l’Association médicale du Québec en avril, en faisant ainsi mieux connaître Eeyou Istchee partout au Québec. « Nous devons intégrer un mode de vie traditionnel et un mode de vie nouveau ou occidental. Si nous nous empressons de le faire, nous allons effacer ce qui se trouvait ici auparavant » de dire Dr Marcoux. « Cette Nation doit conserver son identité pour décider de son avenir. » Ses propos ne sont pas sans rappeler un thème commun à la tribune : la nécessité d’harmoniser le passé avec le futur.

La visite de Dre Reid et l’élection du Dr Marcoux à la présidence de l’AMQ témoignent du fait qu’Eeyou Istchee a acquis une certaine importance auprès des instances dirigeantes des principales associations médicales et des médecins qu’elles représentent. « J’ai sollicité Ia présidence de l’AMC, car je crois fermement au fait de changer les choses » d’ajouter Dre Reid au terme de cet événement. « Nous prenons à cœur ce que vous nous avez dit et nous ferons notre possible pour vous représenter ».

Six semaines à peine après la rencontre, à savoir, le 30 juillet, l’AMC a rendu public un rapport intitulé Qu’est-ce qui nous rend malades, qui repose sur une série d’assemblées publiques avec des citoyens et des fournisseurs de soins de santé à travers le Canada, notamment des groupes de discussion et des rencontres à l’instar de celles de Chisasibi. Ce rapport cerne des facteurs sociaux, surtout la pauvreté, comme étant la principale cause de maladie au Canada, et au nombre des douze recommandations qu’il formule, il y en a deux qui se concentrent tout particulièrement sur les besoins des personnes et des communautés autochtones. La première exhorte le gouvernement fédéral à élaborer et à appuyer une vaste stratégie concertée afin d’améliorer la santé des Autochtones du Canada; la seconde propose la création d’initiatives pédagogiques liées à la sensibilisation transculturelle, surtout auprès des fournisseurs de soins de santé, afin de bien comprendre les problèmes de santé et de société auxquels sont fréquemment confrontées les personnes et les communautés autochtones, inuites et métisses. Qui sait ce que l’avenir nous réserve, mais la visite historique de Dre Reid a mis en premier plan les problèmes touchant les communautés des Premières Nations au niveau national et au sein de l’AMC. Les répercussions de la rencontre au campement des aînés de Chisasibi pourrait bien résonner pendant de nombreuses années à venir.

Pour lire le rapport de l’AMC intitulé Qu’est-ce qui nous rend malades, cliquer sur ce lien : www.cma.ca/combattre-pauvrete-ameliorer-sante.