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Gardez toute votre tête! La prévention des traumatismes cranio-cérébraux à Eeyou Istchee

20 novembre, 2015
TBI pie-chart

par Patrick Mcdonagh

Selon une étude récente, les agressions physiques, les chutes ainsi que les accidents d’automobile, de véhicule tout-terrain (VTT) et de motoneige sont les principales causes de traumatisme cranio-cérébral à Eeyou Istchee. Les traumatismes cranio-cérébraux, ou TCC, incluent les commotions, les fractures et même les hémorragies internes qui peuvent survenir lorsqu’une personne se blesse à la tête. Une collaboration récente entre le Conseil Cri de la santé et Oliver Lasry, un neurochirurgien et épidémiologiste de l’Hôpital général de Montréal, a montré que les taux de TCC à Eeyou Istchee et au Nunavut sont non seulement beaucoup plus élevés que les taux moyens au Québec, mais aussi que les causes sont différentes de celles observées dans la population du Québec en général et dans les communautés non autochtones du Nord.

« Notre étude visait à déterminer qui présente le risque le plus élevé et quelles sont les causes des TCC, puis à déterminer quels sont les facteurs de risque dans les communautés que nous pouvons cibler grâce à diverses interventions », explique Oliver Lasry. Cette étude a fait ressortir des données révélatrices : à Eeyou Istchee, étonnamment, 26 % des blessures à la tête signalées résultent d’agressions, 22 % sont causées par des chutes, 21 % par des accidents d’automobile, 10 % par des accidents de VTT et 6 % par des accidents de motoneige, tandis que le 15 % restant est attribuable à diverses autres causes. « Il existe une énorme différence entre les victimes de blessures à la tête à Eeyou Istchee et celles du reste du Québec, analyse Lasry. Ailleurs au Québec, plus de la moitié de ces blessures sont attribuables à des chutes, et les victimes sont généralement des personnes âgées ou de très jeunes enfants. À Eeyou Istchee, beaucoup plus d’adolescents et de jeunes adultes présentent ce genre de blessures, qui sont principalement causées par des agressions physiques ou des attaques ou encore par des collisions de véhicules hors route ou d’automobiles. »

Les taux de TCC et les causes varient même à l’intérieur du territoire cri. Whapmagoostui, la communauté la plus isolée d’Eeyou Istchee, ne dispose d’aucune route provinciale; comme les gens utilisent beaucoup plus les VTT, les accidents impliquant ces véhicules constituent la principale cause de TCC dans cette communauté. Dans d’autres communautés, les agressions physiques en sont la cause principale. « Donc, il existe des différences même au sein d’Eeyou Istchee, ce qui rend la planification des interventions les plus utiles pour cibler les activités dangereuses encore plus difficile, car les causes varient d’une communauté à l’autre. »

Un autre défi consiste simplement à faire le suivi des blessures. Cette étude est la première visant à établir les taux de TCC à Eeyou Istchee; elle s’appuie sur les statistiques provenant des hôpitaux et des cliniques. « Mais je pense que de nombreuses blessures ne sont tout simplement pas signalées, ce qui est inquiétant », affirme George Diamond, l’agent du programme Communautés en santé du Conseil Cri de la santé. « Une autre préoccupation est que certains parents frappent leurs enfants à la tête pour les discipliner. Nous ne connaissons pas la gravité des coups portés et ceux-ci ne sont pas signalés. Par contre, nous savons que des coups répétés à la tête peuvent causer des problèmes. »

Cette étude est le fer de lance des efforts déployés pour cibler les trois principales causes de TCC : la violence, les accidents de véhicules hors route et les accidents d’automobile. L’équipe de l’étude, incluant messieurs Lasry et Diamond, a examiné les stratégies utilisées ailleurs et a cherché de nouvelles idées en vue de les transmettre à tous ceux et celles qui pourraient jouer un rôle dans les stratégies de prévention.

« Nous devons trouver une solution ensemble, affirme George Diamond. Toutes les entités et tous les services participant à la promotion de la sécurité doivent joindre leurs efforts pour nous permettre d’obtenir des résultats positifs. »

Par exemple, pour faire face au problème des TCC causés par la violence, on pourrait solliciter la participation des écoles (pour mettre en place des programmes de prévention de l’intimidation), des conseils de bande (pour mettre sur pied des refuges pour les victimes de violence familiale et pour réduire l’accessibilité à l’alcool), du système judiciaire (pour lancer des programmes et des campagnes de prévention incitant les gens à signaler les gestes de violence) et du Conseil Cri de la santé (pour donner accès aux programmes de désintoxication et offrir un soutien psychologique aux victimes de violence). Dans le cas des TCC causés par les accidents de VTT et d’automobiles, les services de sécurité locaux pourraient offrir des cours sur la conduite et la sécurité en VTT et en motoneige; les services d’entretien des routes pourraient rendre les pistes de VTT et de motoneige plus praticables et installer des glissières de sécurité dans les tronçons de route plus difficiles; enfin, les services d’activités récréatives pourraient encourager le port du casque et l’utilisation d’autres équipements de protection.

Les personnes peuvent également jouer un rôle. « En tant que parents ou grands-parents, nous laissons nos enfants utiliser les VTT et les motoneiges lorsqu’ils le demandent, mais nous ne les supervisons pas suffisamment, constate George Diamond. C’est à nous qu’il incombe de les renseigner et de les inciter à porter un casque et à adopter des pratiques sécuritaires. » De plus, monsieur Diamond fait remarquer que l’alcool a une part de responsabilité dans de nombreux cas de TCC. « En tant que personnes ou membres de la famille, nous devons mettre l’accent sur le fait qu’il ne faut pas boire et utiliser un véhicule, qu’il s’agisse d’une automobile, d’un VTT ou d’une motoneige, ajoute-t-il. Selon moi, une approche plus personnelle pourrait être plus efficace qu’une campagne globale. »

À ce stade, l’élaboration de stratégies pour réduire les taux de TCC en est à ses débuts; les personnes et les entités doivent maintenant s’affairer à identifier et à mettre en œuvre les meilleures approches. « Nous n’avons pas à vivre avec ce problème, affirme George Diamond. Nous pouvons très bien vivre sans blessures à la tête. »

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